J – 2 : Après, je ne parle plus de foot

Publié le par Alq

Quel  déchaînement !  Quelle haine !

Dire que le sport est fait pour rassembler. Mais, à lire ou à entendre les commentaires – les posts, comme on dit – sur Raymond Domenech, ça fait froid dans le dos. Même Salman Rushdie, malgré la fatwa lancée contre lui par les ayatollahs, doit se sentir plus tranquille.

« Heureusement que la peine de mort a été abolie », avait dit un jour Domenech lors d’une conférence de presse. J’avais beaucoup aimé cet humour.

Les réactions des anti-Domenech me font penser à la rage des résistants de la dernière heure. Ceux qui s’étaient planqués pendant quatre ans. A l’arrivée des alliés, ils sont sortis de leurs caves, ils ont dépoussiéré le drapeau tricolore qu’ils n’avaient pas osé brandir pendant quatre ans. Puis, ils ont pris une paire de ciseaux pour tondre la voisine parce qu’ils avaient entendu dire qu’elle avait souri à un jeune soldat allemand.

Des héros comme ça, on en a pleins les posts, sur internet. Des courageux de l’anonymat qui manient l’insulte plus que l’orthographe.

Moi, un vrai héro, j’en ai connu un. Il avait quatre-vingt ans.  Je savais qu’il s’était engagé dans la Résistance dès 1940. Qu’il avait échappé de peu à la Gestapo. Qu’il avait fui en Charente pour rejoindre le maquis.

Curieux, je lui demandai de me raconter. « Je n’ai rien de particulier à raconter, je n’ai fait que ce que je devais faire », me répondait-il.

Il s’appelait Lucien Delassus. Et je suis sûr qu’aujourd’hui, il n’aurait pas dit un mot sur Domenech.

Sauf peut-être : « Courage Raymond, fais ce que tu dois faire ».

C’est promis. Je ne parlerai plus de foot. Pourtant si jamais les Bleus font quelque chose, ça va me démanger !

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